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Légalisation de la polygamie, Vers la fin d’une « hypocrisie sociale » en Côte d’Ivoire ?

À 30 ans, la benjamine de l’Hémicycle et maire de Gohitafla, Naya Jarvis Zamblé, bouscule les codes. En plaidant pour la reconnaissance légale de la polygamie, la députée RHDP soulève un débat passionné sur la protection des droits successoraux des femmes et la réalité des foyers ivoiriens.

Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, son assurance détonne. Naya Jarvis Zamblé, figure montante de la scène politique ivoirienne et porte-parole adjointe du parti au pouvoir, n’est pas du genre à esquiver les sujets qui fâchent. Sa dernière sortie, portant sur la légalisation de la polygamie, fait l’effet d’une déflagration dans un pays où le code civil, depuis 2019, consacre strictement le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme.

Sortir les « femmes de l’ombre » du dénuement
L’argumentaire de l’élue de Gohitafla ne repose pas sur une apologie religieuse ou culturelle de la polygamie, mais sur un pragmatisme juridique froid. Pour elle, le système actuel est frappé d’une « hypocrisie » qui pénalise les plus vulnérables.

Dans le viseur de la députée : le sort des secondes ou troisièmes épouses dans les unions de fait. « De nombreuses femmes vivent des relations non officielles de longue durée », souligne-t-elle en substance. Le drame se noue souvent au décès du conjoint : privées de statut légal, ces femmes et leurs enfants se voient brutalement évincés de la succession, sans pension ni reconnaissance, malgré des années de vie commune. La légalisation serait, selon elle, le seul rempart pour garantir leur sécurité juridique et sociale.

Un débat qui divise l’opinion
Le plaidoyer de Madame Zamblé s’inscrit dans un sillage déjà tracé en 2023 par son collègue Yacouba Sangaré. Pourtant, l’idée peine à faire l’unanimité. Si certains y voient une reconnaissance courageuse de la réalité du terrain, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer une « régression majeure ».

Pour les mouvements féministes et une partie de la société civile, légaliser la polygamie reviendrait à fragiliser le principe d’égalité conjugale et à s’éloigner des standards internationaux des droits de la femme. Au sein même de sa famille politique, le RHDP, la proposition suscite des échanges nourris, sans que le gouvernement n’ait encore arrêté de position officielle.

Quel avenir pour cette réforme ?
Pour l’heure, le texte n’est qu’au stade du débat d’idées. Pour qu’une telle révolution sociétale voie le jour, plusieurs étapes cruciales restent à franchir :

Le dépôt formel d’une proposition de loi sur le bureau de l’Assemblée nationale.

Un débat parlementaire qui s’annonce d’ores et déjà électrique.

L’arbitrage de l’exécutif, garant de la cohésion sociale.

Qu’elle aboutisse ou non, l’initiative de Naya Jarvis Zamblé aura eu le mérite de mettre en lumière une faille béante entre la loi écrite et les pratiques matrimoniales d’une frange importante de la population. À l’Assemblée, la benjamine a prouvé qu’elle n’avait pas peur de porter la voix des sans-voix, quitte à naviguer à contre-courant.

Romaric Sako

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