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Mobilité électrique : l’État et le secteur privé posent les jalons d’une Côte d’Ivoire bas-carbone

Abidjan, jeudi 30 juillet 2026  Le Plateau a accueilli, ce jeudi, l’Atelier de Dialogue Public-Privé sur la Mobilité Électrique Bas-Carbone, une rencontre qui a réuni pendant une journée entière représentants de l’État, opérateurs économiques, institutions financières et partenaires techniques autour d’un même objectif : accélérer l’adoption de la mobilité électrique en Côte d’Ivoire. L’événement, organisé par le ministère des Transports et des Affaires Maritimes à travers le projet FEM 11042, s’inscrit dans une série de trois rencontres programmées cette année. Un projet porté par le ministère des Transports.

Dès l’ouverture des travaux, Georges Bohoussou, coordonnateur principal du projet FEM 11042, a rappelé le cadre de cet atelier : la mise en œuvre du projet « Intégration de la mobilité électrique aux solutions d’énergies renouvelables », conduit par le ministère des Transports et des Affaires Maritimes grâce à l’appui du Fonds pour l’Environnement Mondial. Approuvé en novembre 2023 pour un montant de don d’environ 1,6 million de dollars américains, soit plus de 964 millions de francs CFA, ce projet quadriennal cible six sites pilotes : le Grand Abidjan, Korhogo, Odienné, San Pedro, Yamoussoukro et Bouaké, avec un accent particulier sur les véhicules électriques à deux et trois roues destinés aux coopératives et entrepreneurs locaux.

Cet atelier constitue la deuxième étape d’une série de trois rencontres prévues au titre du plan de travail 2026 du projet, après un premier atelier tenu en juin dernier sur le renforcement des capacités en matière de mobilité électrique intégrant le genre. Un troisième rendez-vous, consacré à la formation au financement climatique sensible au genre, est annoncé pour le mois d’août.

Prenant la parole au nom du ministre Amadou Koné, retenu par d’autres engagements, son directeur de cabinet, Dioman Coné, a salué une mobilité électrique érigée en « enjeu stratégique de souveraineté énergétique et de compétitivité économique ». Il a rappelé que le secteur des transports, longtemps identifié comme l’un des principaux moteurs de la croissance mais aussi des émissions de gaz à effet de serre, doit désormais concilier développement économique et protection de l’environnement. Il a également invité constructeurs automobiles, fabricants de batteries et institutions financières à saisir les opportunités qu’offre la Côte d’Ivoire, forte d’un secteur énergétique performant et d’un accès privilégié au marché de la CEDEAO.

Panel 1 : un cadre réglementaire en pleine évolution

Le premier panel, modéré par NamoryDoumbia, a dressé l’état des lieux du cadre fiscal et réglementaire. L’Autorité de Régulation du Transport Intérieur (ARTI), représentée par sa responsable qualité, a rappelé ses missions de réglementation, de contrôle et de sanction. Le directeur des affaires juridiques du ministère des Transports, Caumouth Martinien, a retracé l’histoire réglementaire du secteur, de l’arrêté de 1964 sur le calcul de la puissance fiscale des véhicules jusqu’au décret 2024-326 du 28 mai 2024, texte de référence portant promotion de l’usage des moyens de transport électriques et des infrastructures de recharge. Ce décret, né d’une concertation interministérielle sous l’égide de la Primature, encadre désormais les importateurs, aménageurs, exploitants de bornes et garagistes du secteur.

Les intervenants du ministère de l’Environnement et de la Transition Écologique et du ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie ont complété ce panorama, évoquant notamment les travaux en cours sur la révision du barème de puissance fiscale, aujourd’hui pénalisant pour les véhicules électriques, ainsi que les mécanismes d’exonération fiscale déjà en vigueur pour les équipements d’énergie renouvelable. Un consensus s’est dégagé sur la nécessité d’une meilleure coordination interministérielle pour éviter la dispersion des initiatives réglementaires.

Panel 2 : réseau électrique et infrastructures de recharge

Le deuxième panel a porté sur les infrastructures de recharge et la capacité du réseau électrique national. Le directeur de la planification technique et de l’innovation de la Compagnie Ivoirienne d’Électricité (CIE) a présenté l’architecture du réseau ivoirien , production, transport et distribution  et assuré qu’il est, en l’état actuel, capable d’absorber la demande liée à la mobilité électrique, grâce notamment au Plan Directeur Production-Transport-Énergie 2022-2040, qui intègre déjà cette nouvelle demande. Des contraintes locales ont toutefois été identifiées, notamment autour des zones de forte concentration de bornes rapides, justifiant des travaux de renforcement du réseau déjà engagés depuis le début de l’année.

Des acteurs privés du secteur, dont une entreprise spécialisée dans les bornes de recharge et un réseau de garages dédiés aux véhicules électriques, ont partagé leurs retours d’expérience, évoquant notamment le recours à l’énergie solaire pour alimenter les points de charge et réduire les coûts d’exploitation.

Panel 3 : financer une mobilité électrique viable

Le troisième panel, consacré au financement et aux modèles d’affaires, a réuni le patronat ivoirien (CGECI), le Fonds pour l’Environnement Mondial, le Fonds Vert pour le Climat, ainsi que des opérateurs privés de la mobilité électrique. Les échanges ont mis en lumière plusieurs pistes : mécanismes de garantie publique pour partager le risque avec les banques, guichet dédié au secteur privé du Fonds pour l’Environnement Mondial, futur programme de financement du Fonds Vert pour le Climat ciblant notamment le secteur des transports, et modèles économiques innovants tels que la location-vente de véhicules électriques aux chauffeurs de VTC, qui permet de réduire significativement les coûts d’énergie pour les opérateurs.

Des travaux de groupe pour une feuille de route commune

L’après-midi a été consacré à des travaux en trois groupes thématiques, chacun chargé de formuler des recommandations opérationnelles autour du cadre fiscal et réglementaire, des infrastructures de recharge et du réseau électrique, ainsi que du financement. Les groupes ont notamment recommandé une exonération des droits de douane, de la TVA et des frais d’immatriculation pour les véhicules électriques, la révision du barème de puissance fiscale, la mise en place d’une garantie financière portée par l’État pour faciliter l’accès au crédit des coopératives, ainsi qu’un renforcement de la formation professionnelle autour des métiers de la mobilité électrique.

Une dynamique à poursuivre

En clôturant les travaux, Georges Bohoussou a salué une mobilisation « extraordinaire » des participants et appelé à une coordination continue entre ministères et secteur privé. Un rapport complet de l’atelier, ainsi qu’une feuille de route consolidée assortie d’échéances et de responsabilités, seront transmis à l’ensemble des parties prenantes dans un délai de dix jours ouvrables. Rendez-vous a été donné au mois d’août prochain pour un troisième atelier consacré au financement climatique sensible au genre, dans la continuité d’une ambition affichée : faire de la Côte d’Ivoire, à l’horizon 2040, le leader ouest-africain de l’électromobilité.

Sercom Ministère des Transports et des Affaires Maritimes

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