Réunis mercredi 22 juillet 2026 à la salle de réunion de la Direction Générale du transport terrestre et de la circulation ( DGTTC) sise au 16e étage de la tour E à Abidjan cité administrative, les responsables du ministère des Transports et des Affaires maritimes ont livré les premiers résultats de l’enquête administrative sur l’accident du 13 juillet 2026, qui a coûté la vie à 39 personnes sur l’axe Touba-Biankouma. Surcharge, pneus non conformes, plaques d’immatriculation trafiquées : le rapport pointe une série de manquements et débouche sur sept mesures immédiates.

Une semaine après le drame qui a endeuillé l’axe Touba-Biankouma, le ministère des Transports et des Affaires maritimes a levé mercredi un premier coin du voile sur les circonstances de l’accident.
Devant la presse nationale et internationale réunie à Abidjan, Kouakou Étienne, directeur de l’Office de la sécurité routière (OSER), a présenté les conclusions de l’enquête administrative et technique diligentée par le Bureau enquête analyse accident (BEA), en présence du commissaire divisionnaire Touré Abdoul Kader, directeur de la police spéciale de sécurité routière, et de Tchongoua Stéphane, directeur du développement technologique à la Direction générale des transports terrestres et de la circulation.
La rencontre s’est ouverte par une minute de silence en mémoire des victimes, avant que les intervenants ne présentent, au nom du ministre Amadou Koné, les conclusions attendues depuis la visite de ce dernier aux blessés, le 17 juillet.
Un bilan lourd, un car en surcharge
Le 13 juillet, un autocar de marque King Long assurant la liaison Odienné-Yamoussoukro a perdu le contrôle avant de chuter dans le fleuve Bafing, au niveau du village de Zouzousso III. Le véhicule transportait 91 personnes pour une capacité déclarée de 69 places : les allées avaient été aménagées avec des tabourets de fortune, et plusieurs passagers voyageaient debout. Le bilan s’établit à 39 morts, 45 blessés et 7 indemnes.
Selon l’enquête, le drame fait suite à l’éclatement d’un pneu avant droit, à environ 80 mètres du fleuve. Trois hypothèses sont avancées pour expliquer cet éclatement : la surcharge du véhicule et des bagages, la présence de pneus de trois marques différentes aux références non homologuées, et un possible défaut de maîtrise du conducteur.
L’enquête a également révélé plusieurs irrégularités administratives : le car circulait avec deux plaques d’immatriculation provisoires différentes, potentiellement pour échapper à la vidéoverbalisation, tandis que l’assurance et la visite technique du véhicule n’ont pu être produites, alors qu’elles auraient dû être renouvelées depuis respectivement 17 et 5 mois. Les investigations se poursuivent désormais sur l’ensemble de l’activité de la compagnie Diarra Transport, propriétaire du véhicule.
Sept mesures immédiates

Face à ce constat, le ministère a annoncé une série de réformes :
–Le lancement d’un programme national de formation théorique et pratique des chauffeurs de transport en commun, avec des sessions itinérantes dans toutes les régions.
–L’intensification de la formation des gestionnaires d’entreprises de transport.
–La création d’une plateforme électronique de suivi des compagnies de transport, incluant l’enregistrement des véhicules, le contrôle des assurances et visites techniques, ainsi qu’un registre numérique des passagers.
–Un contrôle renforcé, avec les compagnies d’assurance, exigeant une visite technique valide avant toute souscription ou renouvellement de contrat.
–L’ouverture de discussions avec le ministère de l’Emploi sur une convention collective interprofessionnelle des chauffeurs de transport interurbain.
–Le renforcement du rôle des comités locaux de sécurité routière, notamment sur les axes à risque comportant des ouvrages d’art proches de cours d’eau.
–L’obligation d’obtenir le permis de catégorie B avant d’accéder aux autres catégories.
« Nous ne baissons pas les bras »

Interrogé sur la récurrence des accidents malgré les réformes engagées depuis 2021, Kouakou Étienne a reconnu la persistance du phénomène, l’attribuant en partie à un problème d’incivisme généralisé et à une mise en œuvre encore incomplète de l’écosystème de sécurité routière. Il a appelé à un « engagement citoyen » de la part des passagers eux-mêmes, capables selon lui de signaler ou de refuser de monter à bord d’un véhicule en surcharge ou conduit dangereusement.
Concernant d’éventuelles sanctions contre la compagnie Diarra Transport, le commissaire Touré Abdoul Kader a indiqué que l’enquête administrative, distincte de la procédure judiciaire ouverte au parquet de Touba, suivait son cours étape par étape, de l’examen des documents à l’audit de l’entreprise elle-même. Des sanctions pécuniaires liées aux infractions constatées restent possibles, en plus d’éventuelles suites judiciaires.
Le ministère a par ailleurs annoncé la généralisation progressive de « l’auto-contrôle » dans les gares routières, un dispositif déjà testé à Odienné, qui responsabilise chefs de gare et chefs de ligne dans la vérification des documents des véhicules et de l’état des conducteurs avant le départ.
En conclusion, les responsables ont réaffirmé, au nom du ministre Amadou Koné, la compassion du gouvernement envers les familles endeuillées et les blessés, ainsi que l’engagement du ministère à suivre le dossier « jusqu’à son terme », dans un souci de transparence.
Sercom Ministère des Transports et des Affaires Maritimes









